Sortir de la crise de l'euro : 3 propositions autour d'une monnaie commune européenne
On soutient ici l'idée de la construction d'une union monétaire européenne coopérative, respectant l'autonomie monétaire et budgétaire des Etats membres, protégeant son économie, et participant au développement des pays du reste du monde.
Cette réforme s'articule autour de cinq propositions : une union européenne de compensation monétaire européenne, une monnaie européenne commune, un pacte européen de coopération monétaire et de développement économique, un étalon monétaire supérieur à l'or, un nouveau modèle commercial.
Ces propositions sont dissociables mais peuvent également s'associer pour fonder les bases d'un nouvel ordre international monétaire et commercial dont l'Europe serait le premier pilier.
1e – Une monnaie commune européenne
Une union européenne de compensation monétaire
On crée entre des Etats membres une union européenne de compensation monétaire dans laquelle les transactions financières et commerciales extranationales, intra-européennes et internationales, sont effectuées dans une monnaie commune européenne (euro) émise par la Banque centrale de l'union européenne de compensation monétaire (BCE).
Cette Banque centrale européenne émet des euros (monnaie commune) en contrepartie des monnaies émises par les Banques centrales nationales. Elle fournit des devises en les échangeant contre des euros.
Toutes les transactions intra-européennes et internationales passent par l'union européenne de compensation monétaire (BCE). Les agents résidents de chaque Etat ne peuvent pas effectuer de transactions extérieures libellés dans leur monnaie nationale. Les Banques centrales nationales se procurent de la monnaie commune (euros) auprès de la BCE en échange de leur propre monnaie nationale.
Une monnaie commune européenne : monnaie de compte et de réserve
La monnaie commune européenne (euro) est une monnaie de compte et de réserve. Elle ne s'échange qu'entre banques centrales mais ne circule pas dans le public qui continue d'utiliser sa monnaie nationale. L'émission de cette monnaie ne produit pas d'inflation. Ce n'est pas une monnaie d'échang. Comme elle ne circule pas, elle ne peut influencer les prix. Si elle est émise trop abondamment, ses excédents restent dans les caisses de la Banque centrale européenne. Comme jadis l'or, c'est une monnaie de réserve.
Le taux de change entre les monnaies nationales des Etats membres de l'union et la monnaie commune européenne est fixe. Ce taux est toutefois révisable. Les mouvements entre les Banques centrales nationales de l'union s'expriment dans la monnaie commune. La spéculation sur les monnaies nationales est ainsi impossible[1]. La seule spéculation possible reste celle qui repose sur l'évolution des cours[2]. La Taxe Tobin n'a donc plus d'intérêt dans cette approche[3].
Un pacte de coopération monétaire et de développement économique
Les Etats européens membres de l'Union européenne de compensation monétaire adhèrent à un pacte de coopération monétaire et de développement économique. Ce pacte pose les conditions d'adhésion suivantes :
- Les Etats européens membres utilisent exclusivement la monnaie commune européenne pour toutes leurs transactions commerciales et financières intra-européennes et internationales.
- Les Etats européens membres qui accumulent durablement des excédents financiers s'engagent à les utiliser dans des actions de soutien et de développement des autres Etats européens dont les déficits financiers ne sont pas moins durables. On évitera toutefois les passagers clandestins[4].
- Les Etats européens membres s'engagent à réviser le taux de change de leur monnaie nationale de façon concertée.
2e - Un étalon monétaire européen supérieur à l'or : l'euro stable
Afin de conforter la stabilité dans le temps et dans l'espace de la monnaie commune européenne, on lui confère une valeur constante (mais révisable) égale à la valeur de l'euro au jour de sa création c'est un euro stable (ou euro constant). La valeur de l'euro stable, monnaie commune européenne, sera donc égale à la monnaie nationale nominale d'un pays membre multiplié par l'indice des prix du jour. Cet indice pourra être, si nécessaire, réajusté par décision des pays de l'union.
Par exemple, si nous avions en 2010, 2 FF = 1 euro stable, et une base 100 d'indice des prix en France la même année, avec un indice des prix de 110 en 2011, un euro stable vaudra 2,20 francs nominaux.
L'euro stable ancre durablement les monnaies européennes nationales qui s'y réfèrent. Il ne reproduit pas les insuffisances de l'étalon or dont on sait qu'on a « jamais inventé au cours de l'histoire de système plus efficace pour dresser les intérêts des différentes nations les uns contre les autres[5] » (il n'est pas nécessaire de posséder des euros stables pour émettre de la monnaie nationale, nominale et centrale) ni celle d'un étalon issu d'un panier composite de monnaies (toutes instables) ou d'un étalon monnaie nationale (la livre et le dollar n'ont pu répondre simultanément à des logiques interne (relance économique, lutte contre l'inflation) et externe (stabilité dans le temps de la valeur).
La monnaie commune européenne devient ainsi un instrument monétaire de transaction externe dont la valeur est indépendante du temps et du lieu, et par conséquent, parfaitement stable.
3e- Un ordre de mutualité commerciale européen et international
On crée un ordre de mutualité commerciale entre les pays de l'union européenne ouvert à tous les pays du reste du monde qui veulent y adhérer. La mutualité commerciale protège du libre échange et du protectionnisme. Cependant, on applique des mesures de réarmement douanier à l'égard de tous les pays qui refusent ce nouvel ordre commercial afin de protéger nos économies. On ne déroge pas à une ligne de protection, mais aussi d'ouverture et de soutien au développement. Cependant, on sait que « la richesse nationale, expatriée, rentrera au pays, apportant la domination étrangère et le paupérisme. Peuples importateurs, peuples exploités[6]. »
Le libre-échange entraîne la concurrence, réduit les monopoles, réduit les prix, diversifie l'offre, engendre une demande supplémentaire, et favorise la croissance. Mais il réduit les salaires. Une nation importatrice perd un stock de capital, le rappelle en attirant les investisseurs étrangers par des taux d'intérêt élevés servis à l'étranger. En revanche, le protectionnisme ne peut être que temporaire. Il laisse se développer des rentes monopolistiques sur certaines productions, peut freiner la productivité en réduisant la concurrence et autoriser des dérives inflationnistes. Ces effets peuvent s'interpréter comme des dettes qui se paieront quand le pays désarmera ses douanes.
La mutualité commerciale organise un commerce bilatéral, pays par pays, branche de production par branche de production. Il instaure en quelque sorte de véritables écluses puisqu'il tend à faire baisser le niveau des prix d'un côté et à le faire monter de l'autre. La mutualité commerciale partage, en effet, les avantages retirés de l'échange entre deux pays afin de ne pas léser l'activité ou le secteur des pays exportateurs (comme le fait le protectionnisme), ni pénaliser ceux des pays importateurs (comme le fait le libre-échange), en appliquant une taxe sur les exportations (alors que le protectionnisme taxe les importations). Le produit de cette taxe sur les exportations viendrait financer les pertes à gagner des producteurs du pays importateur de sorte que les avantages de l'un viennent compenser les inconvénients de l'autre.
Pour y parvenir, on compare le prix d'une marchandise nationale produite localement à celui d'une marchandise produite dans un autre pays. Les 2 pays s'accordent sur l'idée que l'écart de prix observé entre ces deux marchandises constitue une rente différentielle qu'ils déterminent et quantifient mutuellement.
Par application des accords de mutualité commerciale, cette rente différentielle est répartie de façon égale entre le pays exportateur et le pays importateur. Une taxe égale à la moitié de cette rente est alors appliquée à l'exportation de la marchandise et versée à la branche professionnelle du pays importateur qui en subit la concurrence.
Par exemple, on constate un coût du travail horaire dans l'industrie automobile de 25 euros en France et de 10 euros en Pologne, soit une rente différentielle de 15 euros. Si on retient cette idée comme première base de négociation, on admet une rente différentielle égale à 60 % du coût du travail français ou à 150 % du polonais. Les exportations automobiles produites en Pologne seront taxées à 75 % (moitié de la rente différentielle observée) et le montant de cette taxe remis aux producteurs automobiles français.
Janpier Dutrieux, novembre 2011
[1] - Pour mémoire, c'est ce type de spéculation sur les devises, mené notamment par Soros qui mit fin au système monétaire européen en 1993.
[2] - Les partisans des changes flottants dénonçaient le régime des changes fixes (celui de l'étalon or) qui favorisaient les spéculations portant sur les anticipations de dévaluation et de réévaluation des monnaies. Cependant, on a pu constater, depuis 1976, que l'instauration des changes flottants, particulièrement déstabilisants pour les échanges économiques, n'a pas réduit mais a multiplié les spéculations sur les devises.
[3] - La Taxe Tobin se nourrit de l'existence de changes flottants qui a favorisé les mouvements spéculatifs de capitaux à court terme.
[4] - On appelle ici passager clandestin les pays membres qui profiteraient du système de compensation sans fournir les contreparties contractuelles demandées.
[5] - John Maynard Keynes, Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt de de la monnaie, Payot 1985 page. 344.
[6] - Pierre Joseph Proudhon, Système des contradictions économiques ou Philosophie de la misère, 1846.



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