De l'influence des finances solidaires…
Le séminaire a débuté par le volet crédit solidaire. Aux "tera-dollars" et au capitalisme devenu fou, évoqués par l'universitaire toulousain François Morin en ouverture, ont répondu les milliers d'euros accordés à des créateurs de petites entreprises de Champagne-Ardenne, par France-Active, l'Association pour le Droit à l'Initiative Economique (ADIE) ou la Caisse d'Epargne. Servent-ils l'activité économique, ces prêts et ces garanties bancaires, ou préservent-ils le lien social ?
Investir dans de très petites entreprises
Le conseil régional, en finançant ces associations, poursuit les deux objectifs, répond Jaïm Myara, vice-président en charge de l'ESS. Les besoins spécifiques du territoire champenois et ardennais lui semblent bien couverts, notamment par les actions d'accompagnement des créateurs. Mais il s'inquiète des modalités de délivrance des crédits, pointant le taux de 9,71 % et les cautions familiales exigés par l'ADIE.
Emmanuel Landais, directeur de l'association, a relativisé ces contraintes, notamment le poids des intérêts. Et il a eu beau jeu de souligner la demande croissante venant du terrain : l'an dernier, dans toute la France, l'ADIE a accordé 13 000 prêts d'un montant moyen de 3 000 €.
Le débat s'est poursuivi sur les indicateurs de réussite de ces opérations. La pérennité des entreprises aidées (55 % à 3 ans pour l'ADIE, 83 % à 5 ans pour France-Active) est un de ces prismes ; ce n'est pas le seul.
L'après-midi, la soixantaine de participants a élargi ses réflexions à l'épargne solidaire, à travers des témoignages de représentants des Cigales (1), de Terre de Liens et d'Habitat et Humanisme. Ces organismes proposent aux particuliers d'investir dans le capital de très petites entreprises, l'achat de foncier agricole ou la mise à disposition de logements à des personnes démunies.
Vers une « banque éthique européenne coopérative »
En fin de journée, Jacky Blanc est venu annoncer la disparition de la NEF (Nouvelle économie fraternelle), dont il est président du directoire. Ou plutôt sa fusion avec deux partenaires, italien et espagnol (2), dans une "banque éthique européenne coopérative". L'initiative devrait se concrétiser fin 2010/début 2011. Ses promoteurs surmontent un à un les obstacles techniques tout en gardant le cap sur les valeurs et la finalité du nouvel organisme financier.
Les perspectives, quantitatives et qualitatives, ouvertes par ce changement d'échelle sont prometteuses, voire enthousiasmantes. Il pose cependant une autre série de questions, énumérées par Amélie Artis, professeure à l'IEP de Grenoble : sur le maintien du lien avec les coopérateurs, sur l'articulation entre proximité et niveau européen ou sur la construction commune de nouveaux produits.
Pour Jacky Blanc, une bonne partie des clés se trouve dans le "manifeste pour une banque éthique européenne" (3), qui sert de guide à la NEF et à ses associés dans l'aventure.
Bertrand Verfaillie
Le RTES rassemble une quarantaine de collectivités (Régions, Départements, Intercommunalités et communes), engagées dans le soutien à l'économie sociale et solidaire. Il est présidé par Christiane Bouchart, conseillère municipale à Lille.
(1) Clubs d'investisseurs pour une Gestion Alternative et Locale de l'Epargne Solidaire
(2) La banca popolare etica (Italie) et Fiare (Espagne)
(3) Consultable sur le site www.lanef.com



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