Les premiers Grands Prix de la Finance solidaire
Encore marginale, avec seulement 2,4 milliards d'euros fin 2009, la finance solidaire n'en sort pas moins de l'ombre. Son essor récent est favorisé par la mise en cause du système financier entraîné par la crise. Les épargnants sont de plus en plus nombreux à s'interroger sur le sens de leur épargne, qu'ils souhaitent contrôler et à laquelle ils veulent donner une dimension morale et éthique.
L'essor de l'investissement solidaire
Un essor qui pourrait être renforcé par la loi votée il y a un peu plus d'un an et qui oblige une partie de l'épargne salariale à s'investir sous forme de financement solidaire. Claude Alphandéry, fondateur et président d'honneur de France Active note que « l'épargne salariale joue un rôle clé. Elle pèse, souligne-t-il, 84,5 milliards d'euros. A peine 1% est investi sur les produits solidaires. On pourrait un jour atteindre 5%. Par ailleurs, fait-il remarquer, beaucoup de gens sont prêts à sacrifier 10% de leurs profits pour un investissement solidaire. »
Accompagnant ce mouvement, différentes structures sont nées ces dernières années qui développent une intense activité, à la mesure de leurs moyens encore limités, dans le champ de l'investissement solidaire. C'est le cas entre autres, des clubs Cigales, qui regroupent des investisseurs solidaires autour d'un ou de plusieurs projets à forte valeur sociale ; de la NEF, société coopérative de finances solidaires, mais également d'autres formes d'investissements à caractère solidaire avec des financeurs tels France Active, Habitat et Humanisme, Garrigue, la SIDI,….
De la PME à la micro-entreprise
Trop souvent l'image qui préside à l'activité de la finance solidaire se résume en des investissements tournés vers de micro-projets et de micro-entreprises. Les quatre premiers Grands Prix de la finance solidaire attribués démontrent qu'il n'en est rien. Bien évidemment, ce ne sont pas de grandes entreprises qui sont concernées, mais certaines sont de taille honorable.
C'est le cas de Halage qui est lauréat du prix pour entreprises de plus de 50 salariés. Créée en Seine-Saint-Denis, en 1994, l'association Halage réalise des chantiers d'insertion spécialisés dans l'aménagement des espaces verts. L'association compte 30 permanents et emploie 70 personnes en contrat d'insertion. L'association aménage les talus de lignes du RER. En 2003, elle a créé un centre de formation qui permet à ses salariés d'obtenir un certificat d'aptitude professionnelle « travaux paysagers ». En 15 ans, 800 personnes ont pris un nouveau départ. Son chiffre d'affaires en 2009 a atteint 569 000 € pour un résultat de 64 905 €.
Dans la catégorie de 10 à 50 salariés, c'est la coopérative toulousaine Websourd qui a retenu l'attention. L'entreprise développe des systèmes permettant aux sourds de téléphoner, de communiquer avec les administrations ou d'accéder à l'actualité sur un site internet, grâce à un opérateur qui traduit les propos en langue des signes. La coopérative a réalisé en 2009 un chiffre d'affaires de 763 626 € pour un résultat de 95 809 €.
Dans la catégorie moins de dix salariés, c'est la coopérative Entreprendre pour humaniser la dépendance (EHD) créée en 2003 à Rilleux-la-Pape en Rhône-Alpes qui emporte le prix. Cette coopérative de cinq salariés achète, rénove, et construit des bâtiments destinés à accueillir des personnes âgées dépendantes ou des handicapés mentaux. Le chiffre d'affaires 2009 de l'entreprise s'est élevé à 555 000 € pour un résultat de 122 223 €.
Le quatrième prix, plus insolite, intitulé « coup de cœur » va à une jeune entreprise lilloise dirigée par un jeune homme : Croc la vie. Créée, en août 2009, Croc la vie fournit des repas bio aux crèches de la métropole lilloise. Autonomie et Solidarité et cinq Clubs Cigales, outils de la finance solidaire, ainsi que le réseau Entreprendre Nord et la chambre de commerce de Lille par des prêts d'honneur épaulent l'initiative. Anthony Béharelle s'est lancé dans l'aventure après avoir quitté Renault où il était ingénieur et obtenu un diplôme en développement local et en économie solidaire à l'université de Valenciennes. Le chiffre d'affaires d'août 2009 à août 2010 de Croc la vie s'est établi à 115 000 € avec 5 000 € de résultats.
Chaque prix est doté d'une somme de 5000 €.
(Informations en provenance du supplément du journal Le Monde : « Le Monde Argent » ; dossier réalisé par Jérôme Porier)



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